Innoventé dans les médias

2011-11-24

L’électricité intelligente d’Innoventé

Par Aude Marie Marcoux . Les Affaires . 26-11-2011

Ce qui distingue Innoventé des Boralex, Kruger ou autres producteurs d’électricité à partir de biomasse, c’est la matière première que sa technologie lui permet de traiter : la biomasse humide, trois fois plus abondante que la sèche.

«Nous avons accès à des sources d’approvisionnement qui sont hors de leur portée», dit Richard Painchaud, président de l’entreprise qui compte une quinzaine d’employés.

«En réussissant à extraire suffisamment d’eau pour en faire un combustible, on trouve non seulement une filière de gestion des matières résiduelles, mais on fait une énergie verte, dans un secteur où la production d’électricité par biomasse en arrache, justement parce qu’il manque d’approvisionnement à bon prix», ajoute-t-il.

La technologie, baptisée SHOC, a été mise au point à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).

«Je n’ai fait que ça, trouver les meilleures équipes dans les instituts et les centres de recherche des universités qui ont l’intention de partir d’une technologie pour l’amener vers une utilisation concrète. Et c’est ce que j’ai trouvé à l’IRDA», dit l’entrepreneur de 47 ans qui en est à sa quatrième entreprise reposant sur une technologie innovante.

En l’occurrence, la technologie SHOC permet de sécher les matières organiques résiduelles (boues municipales, rebuts agroalimentaires et de papetières, matières putrescibles, débris de construction, résidus forestiers, fumiers) pour produire des biocombustibles à fort potentiel calorifique. Le combustible granulé peut être utilisé pour produire de la chaleur, de l’éthanol cellulosique et de l’électricité.

Grâce «au sérieux coup de main» de ses partenaires à l’IRDA, Innoventé a décroché une subvention de 2,7 millions de dollars (M $) de Technologie du développement durable du Canada. La PME a obtenu également 3 M $ de l’Agence de l’efficacité énergétique, en vertu du programme Technoclimat.

Ce financement permettra à Innoventé de construire sa première usine à Saint-Patrice-de-Beaurivage, en Beauce. À plein régime, celle-ci pourra transformer annuellement 50 000 tonnes de biomasse humide et ainsi produire 30 000 tonnes de biocombustibles par année.

Innoventé vient de mettre en service son premier bioséchoir, démontrant ainsi que la mise à l’échelle de la technologie fonctionne.

Un modèle qui boucle la boucle

Innoventé n’a pas encore de revenus, mais elle entrevoit l’avenir avec optimisme, entre autres puisqu’en février 2010, elle a raflé un contrat d’approvisionnement d’une période de 25 ans avec Hydro-Québec. Ce contrat prévoit la production de 4,6 mégawatts (MW) d’électricité par année (l’équivalent de la consommation de 1 500 foyers), au coût fixe de 0,12 $ le kilowattheure (kWh), ce qui représente des revenus totaux de 140 M $. La première livraison d’énergie est prévue pour décembre 2012.

«Avoir un acheteur pour les 25 prochaines années nous change un peu de la start-up normale», lance M. Painchaud.

Verte à près de 90 %

L’appel d’offres d’Hydro-Québec a en fait complété le modèle d’entreprise d’Innoventé. L’argument principal avancé par la PME dans sa soumission était que sa structure était verte à près de 90 %. Au lieu de transporter les granules chez l’utilisateur (par exemple, une aluminerie), ce qui entraîne l’émission de gaz à effet de serre, Innoventé produira de l’électricité sur place, grâce à une centrale de cogénération.

C’est ce qui explique le concept de production d’électricité intelligente dont se targue l’entreprise. Intelligente, parce que ce type d’électricité régionale mise sur des centrales à «échelle humaine» et sur la réduction du transport. De plus, son mode de production, qui n’a recours ni au combustible fossile ni au nucléaire, réduit les impacts sur la chaîne alimentaire, la forêt et le climat.

«À Saint-Patrice, on leur a dit «ce sont vos fumiers, les résidus de vos usines et non pas ceux de Montréal ou même de Québec qui viendront ici. Votre problème de gestion vient alors d’être réglé»», note le microbiologiste de formation.

Restait bien sûr à s’équiper d’une centrale de cogénération. Innoventé a fait l’acquisition d’une centrale d’une puissance de 5 MW appartenant à Newfoundland Labrador Hydro, située dans la ville de Roddickton, à Terre-Neuve.

Si l’entreprise prévoit tirer 75 % de ses revenus de la vente d’électricité, elle compte aussi vendre une quantité importante de chaleur pour la serriculture et le séchage du bois et du grain.

L’expansion de la société inscrite à la Bourse de Toronto (TSX de croissance ; IGE) se fera en reproduisant ce micromodèle régional, notamment au Québec, en Ontario, dans les Maritimes et en Nouvelle-Angleterre, où l’entreprise a ouvert un bureau à Boston en janvier. M. Painchaud prévoit se doter de deux à trois nouvelles usines d’ici 2013-2014, et envisage l’objectif de produire 100 MW d’électricité d’ici 2020.

SHOC La technologie d’Innoventé, baptisée SHOC, a été mise au point à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement.

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