2011-10-26
LEDUC, Gilbert – Journal le Soleil, 26 octobre 2011
(Québec) Dans le sillon tracé par les Boralex, Innergex et compagnie, une petite biotech de Québec fait son chemin. Innoventé a déjà une belle carte de visite dans ses poches qui lui servira, selon son président Richard Painchaud, de tremplin dans l’industrie de la production d’électricité dite «intelligente», c’est-à -dire qui ne nécessite pas l’utilisation des combustibles fossiles ou nucléaires et qui ne favorise pas la déforestation.
Cette carte de visite, c’est un contrat d’approvisionnement d’uÂne durée de 25 ans avec Hydro-Québec pour la production, à compter du 1er décembre 2012, de 4,6 mégawatts (MW) d’électricité au coût de 0,12 $ le kilowattheure (kWh). Un contrat qui rapportera 140 millions $ à Innoventé.
Pendant que Boralex et Innergex exploitaient à fond la filière de l’énergie éolienne, Innoventé s’intéressait à la production d’électricité à partir de matières organiques humiques (gazon, feuilles mortes, boues municipales et agroalimentaires et fumiers). Un champ de spécialisation jugé insuffisamment rentable par les grands joueurs de l’industrie.
En collaboration avec l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), Innoventé a consacré une décennie de recherche et développement et a investi 8 millions $ à la mise au point d’un procédé de séchage biologique permettant d’extraire l’eau contenue dans la biomasse résiduelle et de transformer cette dernière en biocombustible afin de produire de l’électricité.
Ce procédé de bioséchage qui est déjà breveté au Canada – et est en voie de l’être aux États-Unis – utilise le pouvoir des micro-organismes pour produire la chaleur et ainsi assurer la déshydratation, l’hygiénisation et la désodorisation de la matière organique.
Modèle régional
En septembre 2012, Innoventé commencera à produire de l’électricité pour Hydro-Québec à son centre de valorisation situé à Saint-Patrice-de-BeauÂriÂvaÂge, dans la région de Lotbinière. La mise en service d’une partie de l’usine de séchage a été faite il y a quelques semaines. Déjà , plus de 1000 tonnes de déchets organiques ont été transformés en biocombustible solide.
Des déchets qui proviennent des municipalités et des entreprises agricoles situées dans un rayon de 30 à 40 kilomètres des installations du producteur indépendant d’électricité.
Dans les prochaines semaines, la compagnie commencera à assembler la centrale de cogénération d’une puissance de 5 MW acquise pour la somme de 10 millions $ auprès de la Newfoundland Labrador Hydro.
Innoventé s’affaire présentement à démanteler la centrale terre-neuvienne et à transporter, une à une, les pièces de la structure à Saint-Patrice pour commencer, le mois prochain, à la remonter, comme un casse-tête, afin qu’elle puisse commencer à produire de l’électricité. Une fois en exploitation, le centre de valorisation d’Innoventé pourra recevoir annuellement plus de 50 000 tonÂnes de déchets organiques, qui seront transformés en 30 000 tonnes de biocombustibles. Environ 70 % de ces combustibles serviront à la production d’électricité.
Innoventé prévoit aussi la production de 10 MW de chaleur et de 7000 tonnes de fertilisants.
D’ici 2020, l’objectif de la société inscrite à la Bourse de Toronto (TSX de croissance : IGE) est de produire 100 MW d’électricité. Sa stratégie passe par la multiplication de petits centres régionaux de valorisation de 40 millions $ sur le territoire nord-américain. Richard Painchaud entend mettre en opération des centres de valorisation, comme celui de Saint-Patrice, ne produisant guèÂre plus que 15 MW. Des installations qui verraient le jour principalement dans des zones industrielles afin de vendre de la chaleur produite aux entreprises.
«Avec de plus petites usines, on limite le nombre de va-et-vient de camions. Ça devient socialement plus acceptable», affirme M. Painchaud, en précisant que «jamais Innoventé ne s’installera dans un milieu où elle ne sera pas la bienvenue. Il est important que nous soyons désirés par la population. Nous ne voulons pas entrer par la porte d’en arrière et susciter la méfiance autour de nous».
Centre de compostage
Richard Painchaud suit de très près la situation à Québec, où la Ville veut implanter un centre de compostage à ciel ouvert aux limites de son territoire et de celui de Saint-Augustin-de-DesmauÂres. Un projet qui suscite la controverse. Innoventé entend bientôt proposer une solution aux édiles.
«Le procédé de bioséchage permet de régler les problématiques liées à l’enfouissement, au compostage et à l’épandage des déchets et des résidus organiques.»
Innoventé, qui tente de réaliser ces temps-ci un placement privé de 7,5 millions $, compte actuellement une quinzaine d’employés. Ce nombre devrait passer à une quarantaine après la mise en exploitation de la centrale de cogénération en septembre 2012. À la Bourse de Toronto, le titre d’Innoventé se transigeait hier à 50 ¢.
Haut